La virtualisation des serveurs progresse à grands pas dans les entreprises. Mais, au-delà des serveurs, c'est la totalité de l'environnement de l'information qui semble en passe de rompre avec le contraignant substrat des machines physiques pour donner la primauté aux applications et aux informations.
Tous les analystes s'accordent sur ce point : la virtualisation est « the next big thing » de l'informatique d'entreprise. Pourtant, le concept est loin d'être nouveau puisque c'est à la fin des années 1960, avec les systèmes CP-40 d'IBM, qu'on a vu apparaître les premières machines virtuelles, fort différentes il est vrai de ce que ce terme désigne aujourd'hui. Quarante ans et bien des évolutions techniques plus tard, la virtualisation regroupe des technologies parvenues à maturité et ouvrant la voie à ce que Gartner appelle l'infrastructure d'information temps réel : une infrastructure agile où le « soft » prend son indépendance vis-à-vis du « hard » et où les ressources matérielles peuvent être déployées et redéployées sans délai pour s'adapter aux besoins de l'activité. A titre d'exemple, Gartner estime qu'il faut en moyenne trente fois moins de temps pour déployer une machine virtuelle que pour installer et configurer un serveur physique !
A serveurs virtuels, stockage virtuel
Pour le cabinet d'études britannique The Butler Group, ce besoin d'adaptabilité et de réactivité n'est qu'une des trois raisons majeures qui devraient faire de la virtualisation une technologie dominante dans les data centers d'ici trois ans. La seconde raison est la nécessité d'automatiser le plus de tâches possibles pour réduire les coûts d'exploitation. La troisième raison concerne la réduction indispensable de la consommation électrique des centres dont la facture énergétique a explosé ces dernières années, tant du fait de la multiplication du nombre de serveurs que de la hausse mondiale des prix de l'énergie. D'après diverses sources, le recours à la virtualisation permettrait de diviser par quatre le nombre de serveurs physiques, freinant l'acquisition de nouveaux serveurs et, le cas échéant, allongeant la durée de vie de machines vieillissantes. Sous réserve que les technologies d'automatisation de la gestion des niveaux de service tiennent leurs promesses, les experts du Butler Group estiment que la virtualisation des infrastructures peut réduire les coûts des centres de calcul de 40%, voire de 60% dans certains cas. Ainsi, la consolidation de 250 serveurs bi-coeurs pourrait se traduire par quelques 2,8 millions d'euros d'économie sur trois ans. Mais ces mêmes experts insistent cependant sur le fait que pour atteindre ce niveau d'économie et de flexibilité, la virtualisation des serveurs est indissociable de la disparition du stockage en silo. Pour le dire autrement, la virtualisation des serveurs appelle non seulement la mise en réseau du stockage mais aussi sa virtualisation. Ceci explique pourquoi après avoir consolidé leur stockage sur des plates-formes SAN et NAS au début des années 2000, nombre d'entreprises ayant adopté la virtualisation de serveurs se tournent aujourd'hui vers les solutions logicielles et les appliances permettant de s'abstraire des baies et serveurs de stockage physiques. Que leurs applicatifs tournent sur des machines réelles ou virtuelles, les entreprises se donnent ainsi les moyens de mettre à disposition de chaque application le type de stockage approprié, tant en termes de performance que de volumétrie, et ce sansinterrompre les applications
Une alternative crédible à la haute disponibilité
Le choix de déployer une solution de virtualisation de serveurs se fonde avant tout sur le besoin de consolider des environnements de plus en plus vastes, hétérogènes et complexes, afin de faciliter leur administration, réduire les coûts et mieux exploiter une puissance de traitement jusqu'alors dispersée et souvent mal utilisée. A cette première motivation sont venues s'en ajouter d'autres. A mesure que les entreprises se familiarisent avec ces technologies, elles découvrent d'autres usages et d'autres avantages à virtualiser leurs serveurs. Ainsi, d'après une enquête récente de Forrester Research, 49% des entreprises voient dans la virtualisation des serveurs un moyen d'améliorer leur capacité de reprise suite à un sinistre et leur continuité d'activité. La virtualisation facilite en effet le redémarrage rapide – voire automatique – des applications après une panne informatique. Associée à la réplication de données entre deux sites, elle permet de redémarrer immédiatement les applications surle site de secours suite à une défaillance du site principal. La virtualisation des serveurs x86 peut en particulier améliorer la disponibilité de systèmes importants pour l'activité mais pas suffisamment critiques pour justifier l'investissement dans de coûteux clusters et autres systèmes à tolérance de panne. Mais le choix entre ces différentes options impose un travail préalable de classification visant à définir le niveau de service requis pour chaque application ainsi que les critères de reprise correspondant à son niveau de criticité.
Le chaînon manquant entre sauvegarde et clustering ?
Dans un livre blanc publié en octobre 2007*, Forrester Research refait utilement le point sur les approches traditionnelles en matière de haute disponibilité. Pour les auteurs, les solutions de sauvegarde et restauration restent l'option la moins onéreuse mais aussi la moins rapide. En cas de panne, c'est en effet la totalité des configurations matérielles et logicielles qu'il faut restaurer – y compris le serveur luimême, le système d'exploitation, les différentes applications et les données à partir des supports de sauvegarde. A supposer que les procédures de sauvegarde aient été respectées, cela peut prendre des heures, voire des jours si les données sont stockées sur bandes et hors site. Les systèmes « Fault- Tolerant » constituent une deuxième approche. La redondance de leurs composants fait que les traitements peuvent se poursuivre en cas de défaillance d'un des composants, mais leur prix élevé réserve ce type de serveurs aux applications les plus critiques. Troisième approche, le clustering est moins coûteux que le déploiement de systèmes à dépassement de panne mais les clusters sont généralement complexes à construire et à maintenir. On notera que si l'on parle souvent des clusters pour gérer les pannes, ces systèmes de haute disponibilité servent souvent bien davantage à gérer les indisponibilités prévisibles dues à des opérations de type maintenance ou réorganisation de fichiers. La virtualisation permet désormais de gérer ces opérations tout aussi efficacement pour un coût bien moindre. Bien qu'elle ne puisse rivaliser avec des équipements fault-tolerant, la virtualisation des serveurs trouve sa juste place entre le clustering et les solutions de sauvegarde pour compléter un plan de continuité d'activité, faciliter la maintenance dans les environnements où il est impossible d'interrompre les applications et assurer à moindre coût la haute disponibilité d'un plus grand nombre d'applications. Parmi les bénéfices, les auteurs soulignent en particulier :
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Simplification de la gestion des configurations
Dans le contexte d'un plan de continuité/reprise d'activité (PRA/PCA), le plus compliqué est souvent de maintenir à l'identique les configurations des serveurs du site principal et du site de secours, sachant que chaque application requiert une configuration bien particulière. Mais si les serveurs sont virtualisés, les fichiers de configuration des machines virtuelles peuvent facilement être répliqués entre les deux sites. La réplication automatique garantit que les deux configurations sont identiques à tout moment.
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Réduction du coût des PRA
La virtualisation des serveurs fournit une couche d'abstraction qui donne une plus grande flexibilité dans le choix du matériel déployé sur chaque site. Il est ainsi possible d'implémenter un moins grand nombre de serveurs physiques ou des serveurs moins coûteux sur le site de secours sans mettre en danger le redémarrage ou la continuité d'activité des applications en cas de défaillance du site principal.
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Facilitation des tests de reprise
D'après l'enquête menée en 2007 par Forrester en Amérique du Nord et en Europe**, 40% des entreprises ne font jamais de test complet de leur plan de reprise, opération jugée complexe et perturbant trop l'activité, d'autant que les serveurs des sites de secours sont fréquemment utilisés pour développer et tester de nouvelles applications. En virtualisant ses serveurs, l'entreprise peut rapidement réaffecter ces machines aux tests de reprise en démarrant les images virtuelles des environnements de production copiées sur ces machines.
Le poste de travail aussi !
Si 2007 a vu progresser de façon spectaculaire l'adoption des solutions de virtualisation de serveurs et l'affirmation de plusieurs acteurs dans ce secteur, la virtualisation gagne depuis quelques temps déjà le poste de travail où elle apparaît comme une solution performante de déploiement et d'administration, mais aussi comme un moyen efficace d'améliorer le niveau de sécurité des parcs de PC. Cette virtualisation prend plusieurs formes et le marché propose aujourd'hui des approches permettant d'insérer une couche de virtualisation soit entre le hardware et le système d'exploitation, soit entre ce dernier et l'application. Ces différentes formes permettent de déployer sur les postes de travail, via le réseau, soit une application en faisant abstraction de l'OS, soit un package « application + OS » en faisant abstraction du matériel. Ces possibilités viennent compléter la panoplie des solutions de déploiement existantes basées sur des serveurs de déport d'interfaces (type Citrix), le téléchargement pur et simple, ou encore le streaming d'applications (type Softricity). A la clé de cette évolution, qui se fait en parallèle de la montée en puissance des « logiciels en tant que services » (SaaS), on trouve un potentiel d'économies considérable, y compris dans le domaine particulièrement sensible de l'énergie. Ainsi, d'après The Butler Group, l'économie d'électricité réalisée en passant d'un parc de 1000 PC classiques à un environnement virtualisé à base de clients légers serait de l'ordre de 110 000 euros par an.
* Stephanie Balaouras & Christopher Voce, « X86 Server Virtualization For High Availability And Disaster Recovery », Forrester Research, 24 octobre 2007 ** Rapport « Six Years After 9/11, Most Firms Are Not Ready For Another Disaster », Forrester Research, 11 septembre 2007.
Une tendance lourde
- Le marché de la virtualisation devrait doubler entre 2007 et 2012 pour atteindre les 12 milliards de dollars.
– Source : IDC, 2007
Côté serveurs...
- Pour Gartner, la virtualisation fait partie des dix tendances technologiques qui occuperont le devant de la scène en 2008 et dans les prochaines années. La virtualisation arrive en cinquième position derrière l'informatique "verte", les communications unifiées, la modélisation des processus métier et la gestion des données de référence.
- Le nombre total de serveurs virtuels déployés dans le monde devrait passer de 540 000 fin 2006 à plus de 4 millions en 2009.
- La virtualisation sera la technologie la plus importante jusqu'en 2010 et va changer radicalement la manière dont les départements informatiques gèrent, achètent, déploient, planifient et facturent leurs services
– Source : Gartner, octobre 2007
...et côté stockage
- En moyenne, 50% des environnements de stockage des entreprises du Fortune 1000 seront virtualisés d'ici 2009.
- 28% des organisations du Fortune 1000 qui utilisent une technologie de virtualisation estiment que plus de 60% de leur environnement de production sera virtualisé d'ici 2 ans.
– Source : TheInfoPro, Storage Study, Wave 10, janvier 2008
